lundi 29 février 2016


J'ai pris du bissextil
Pendant quatre ans. 
Aujourd'hui : dernier jour du traitement. 

mardi 26 janvier 2016

samedi 23 janvier 2016


Karma Kapla

Tenir des deux mains le baril auquel on aura pris soin d'ôter son couvercle.
Le retourner d'un geste clair, cul par-dessus tête, crème renversée.
Entendre alors les planchettes de bois se répandre, de préférence sur un parquet.
Bruit torrentiel, crépitement frénétique, pluie de discorde, nuisance Byzance.
Sur le sol, considérer ce tas rétif, désordonné, sarments d'inconstructibilité.
Allonger le baril, la gueule ouverte face à l'événement. 
D'une main balai, réenfourner tous les éléments.
Recommencer autant de fois qu'il le faut. 
L'esprit devrait se clarifier.

jeudi 21 janvier 2016


Trou d'ivresse

Non loin d'une colonne à verre, ce colossal cyclope urbain qui récupère les flacons domestiques, trois bouteilles de Ballantine's à l'ossature carrée n'ont pas rejoint le trou du remords, quand la main approche la noire découpe de plastique pour y glisser la honte bue. Rideau opaque et rigide, dont la texture épaisse semble identique à celle des entrées de peep-show, d'abattoirs ou d'expositions d'art contemporain ; lieux où s'écoulent des visions protégées des regards. Cette béance sombre, sphérique et cisaillée, m'évoque soudain un anus démesuré à la périphérie duquel les restes d'alcooliers préfèrent se tenir, craintifs. L'énigme des amoncellements chroniques de verre autour de cet engin s'éclaire. Aujourd'hui, le tas n'est que trio, plus visible dans son économie, et surtout son assemblage m'étonne. Il ressemble à ces pierres qu'on empile, le long des sentiers. J'assiste peut-être à la formation du cairn d'un buveur, érigé là en signe de respect et de célébration.  

mardi 19 janvier 2016


"Mon livre se fait et, en se faisant, il fait sous lui un sac de peau, pas très propre, qui s'appelle Michel Tournier. Voilà comment je vois la naissance d'un livre."

lundi 18 janvier 2016


Haro sur les doudounes

L'hiver punit le bout des doigts
Afflige le regard
Le froid complote
Trop de corps bibendum 
Stratégie de l'oignon
Lumière stalactite
Plantée sur les duvets 
Parka ton dernier souffle.

samedi 9 janvier 2016


J'avais laissé le baron de la drogue, El Chapo, le 12 juillet, s'évadant pour aller racheter la dette grecque. Naiveté ! Je le retrouve, non loin d'un multiplexe, rêvant de se voir à l'écran. Accro à son image.   

vendredi 8 janvier 2016


30, 40, 50 %

Je fais solde de tout ce que je raconte
Brade le vocabulaire 
Liquide les derniers articles
Et demain vous rase gratis.

jeudi 7 janvier 2016

mardi 5 janvier 2016


IIII

Pour le moment, nous prenons nos marques. À peine quelques déjeuners, quelques dîners, quelques transits. Une poignée d'aubes et de crépuscules partagés. Trop peu pour se faire une idée. Trop tôt pour former un scrupule. Cinq jours déjà. Cinq doigts de la main. Nous sommes bel et bien liés. Des instances supérieures ont même ajouté vingt-quatre heures, quelque part, en février, pour mieux sceller notre pacte de reconnaissance. Pourquoi pas en juin, je te le demande. 

jeudi 31 décembre 2015


Ils érigeaient avec une rapidité surprenante des barricades de blocs de foie gras au torchon.
Ils avaient fiché dans un œil un bouchon de champagne qu'ils retenaient en grimaçant.
Ils s'approchaient les uns des autres dans une alliance inconnue, frottant leurs joues, de droite à gauche. À l'oreille, à l'odeur, évaluaient-ils ainsi la puissance de leurs rôts ? 

lundi 28 décembre 2015


Sur le dessus des boîtes aux lettres, surface lointaine sur laquelle échouent missives orphelines et dépliants publicitaires boudés par les fentes, trône ce soir un coffret. Objet, je te soupèse. Une pulsion. Ta densité témoigne que tu enfermes encore ce qui te constitue. Soit trois produits Scorpio Scandalous, une eau de toilette, un gel douche et un déodorant. Cadeau de Noël délaissé, tu as rejoint tes pairs. À mauvais renifleur, salut. Je sais ce qu'il y a dedans, le coffret me le crie. J'ai ce geste qui me trahit, ce réflexe qui dit ma nature. Consumériste. Je réponds à l'appel de la marchandise en la touchant quand bien même celle-ci ne me plaît pas. Ce sent-bon marché, hors-sol, hors contexte, mis dehors, me faut-il le réhabiliter pour que le désir global circule à nouveau, est-ce la raison pour laquelle je le saisis, l'espace d'une seconde, avant de mesurer ma gêne. Piquée par le scorpion. Le venin du commerce. 
À mon retour, le paquet n'est plus là. 

dimanche 27 décembre 2015


Entre deux eaux
les jours s'écoulent
coquilles d'huîtres 
et heures creuses
volailles farcies
temps de cuisson
les réveils ont
des ruses de bétaïne.

mardi 22 décembre 2015


Offrir 
De sang froid
Une sangsue

Recevoir 
Yeux fermés
Un chevreuil

vendredi 18 décembre 2015


Le dernier moi de la née (8)

En ville, les passants pressent le pas, la main lestée.
Ils portent des sacs, et dedans, des paquets insistants aux couleurs d'argent.
Papiers cadeaux, surfaces irisées, offrandes secrètes, jouéclub.
Ils se hâtent quelque part, manège organisé.
Je les suis. 
Ils sont tous là.
À bout de bras leurs paquets qui miroitent déposés au pied du monde.
Et je les vois se constituer.
Les tas d'urgence. 

mercredi 16 décembre 2015


Le dernier moi de la née (7)

Les fins de mois sont durs
mais cette fois
pas de déprime de Noël.

jeudi 10 décembre 2015


Le dernier moi de la née (6)

Allez
Ce que je veux
Ce qui me plaît
Ce dont je rêve

Alors 
Il faudra bien tout retenir

mardi 8 décembre 2015


Le dernier moi de la née (5)

J'établis une witchlist 
sous le manteau d'un lobe de cerveau 
panel d'acrimonies 
rayonnage d'erreurs 
ADN honnis
pour tout cela, pas de cadeau

lundi 7 décembre 2015


Dans l'urne 
j'ai glissé
mon corps électoral
d'un bleu ecchymose
s'enveloppe.

vendredi 4 décembre 2015


Le dernier moi de la née (4)

Dans les vitrines 
de la buée
on n'y voit rien
les peluches transpirent à grosses gouttes
les ours s'épongent avec les poupées
même les manèges ont des suées 
mais les enfants ne pleurnichent pas
ils sont en âge
ils savent, pour le réchauffement climatique.