Nous y voilà. Dans
la zone mordorée et hypercholestérolémique : Noël. Un mois de compte à rebours à
l’abri d’un Nordmann docile, dont les aiguilles tomberont juste après les
réjouissances. Au pied duquel, peut-être, un dernier cadeau volumineux
attendra l’enfant. Sous la peau de papier festive, le jouet apparaît : la façade d’une bicoque en bois faite de serrures à ouvrir ou à fermer, c’est tout. Des cadenas, des fermetures, des chaînes de sécurité,du métal qui jaillit de partout. Bien sûr, un enjeu
éducatif a motivé le choix. « Stimuler la motricité fine et la
concentration. » Drôle de voie. Car à moins de vouloir faire
de sa progéniture un futur membre du personnel pénitentiaire,un paranoïaque claquemuré, un amateur
de pratiques fétichistes, pourquoi renforcer son goût des verrous ?
L’enfant aime passionnément ouvrir ou fermer les portes. Mais
est-ce vraiment cette manipulation qui lui plaît ou le fait d’avoir, grâce au
cliquetis des clés et par l’entremise du trou de la serrure, accès au royaume
des adultes ? Le pouvoir de délimiter par lui-même le privé du public, de
savoir où commence un territoire ? Cette joie de décider, enfin, de quel côté de
la paroi se tenir, comme celle de laisser hors de vue, l’espace d’un
instant, ce grand machin qui ne cesse de vouloir être là, partout, toujours,
avec lui, le parent ? Spéculations non expertes, mais en tout cas l’objet intrigue.
("Maison à serrures" vue dans les pages shopping Noël du supplément
Version Femina du Journal du Dimanche, le 25 novembre)
dimanche 25 novembre 2012
Qu'est-ce qui ne va pas en ce moment ?
Vous voulez peut-être qu'on en parle ?
jeudi 22 novembre 2012
Il m'aura donc fallu attendre cette centième élucubration prétexte à fiesta, finissant par engloutir seule au petit matin, accoudée en Balmain, trop de boissons iridescentes et de breuvages irisés, pour comprendre une seule et unique chose : ce que veut vraiment dire avoir la gueule de bois. Rien à voir avec le fait de se réveiller la bouche sèche comme une bûche — qui, soit dit en passant, est toujours trop humide au moment d'allumer un feu, stoppant là la flamme métaphorique — ou pâteuse comme une pâte à bois — mais ceci est une version non homologuée, alors passons aussi —. Non. Comme on peut lire une coupe de bois à cœur ouvert, qui nous dira son âge, son nom, ses vérités, ses maladies, le visage du buveur possède lui aussi l'éclat de l'aveu. Il éructe des copeaux de réalité ; de lui s'échappe une sciure qui s'insinue partout, fait éternuer ses proches, frotter les yeux de ceux qui l'entourent et qui pourtant croyaient le connaître. Et puis, il ne cesse de débiter, c'est plus fort que lui, des morceaux dont tous se demandent quoi faire : une cagette, peut-être, pour l'aider à porter son propre fardeau. Une caisse, pour ses futures bouteilles. Une cale, enfin, qu'on oubliera dans un coin. La gueule qui a bu et le bois abattu partagent la même dégaine d'empreinte digitale. Le même air de celui qui ne peut nier, que tout confond avec lui-même. Comme l'arbre qui cache la forêt, le dernier verre n'est jamais que le pénultième. Et le buveur, coupable ès coupes, remet à chaque gorgée sa tête sur le billot. Dégrisé un jour, promis au bûcher le lendemain.
mercredi 21 novembre 2012
Je vous attends nombreux
pour fêter mon 100e message en ligne !
Venez avec un petit quelque chose à grignoter
ou simplement avec votre bonne humeur !
(dress code : que du Balmain)
lundi 19 novembre 2012
La couverture du Vogue spécial Collections Printemps-Été 2013, qui sort demain en kiosque, me rappelle un de mes engouements stylistiques pour le motif de la bande dans le vestiaire féminin, dont j'avais parlé ici, lors des semaines de la mode. Alors j'en profite pour actualiser ma production, reprenant sans grand génie de direction artistique mon assemblage et l'augmentant d'un titre opportuniste. Inaugurant par la même occasion une sorte d'onanisme en ligne, puisque je m'autocite avec délectation.
dimanche 18 novembre 2012
J'ai vécu un moment total aujourd’hui, à 16h30 très précisément, je peux le
dire sans sourciller. Venue visiter « The Museum of Everything », au
14 boulevard Raspail, passait devant moi un cortège réunissant des manifestants
contre « Le mariage pour tous ». L’espace d’un instant, alors que se
produisait cette collision de tous ces "Tout", je suis moi-même devenue une
entité omnipotente et omnisciente. J’étais les genres et les sexualités, j’étais saine folle, j’étais vieille en poussette, j’étais réactionnaire femen,
j’étais possédée éclairée, j’étais policier manifestant, j’étais banderole fumigène, j'étais mépris et don, j'étais liberté encartée, j'étais rires larmes, j'étais aquarelle crachat. Un tout bordélique m’a
envahi, puis s’en est allé, comme un rien. Alors, l'art a bien voulu de moi.
vendredi 16 novembre 2012
Paris Photo : cliché, quand tu nous tiens. Je
propose pour l'édition future une signalétique spécifique à laquelle je donnerai le nom
suivant : Les coups de gueule d’un visiteur lambda. Elle viserait à
pointer du doigt les travaux les plus merdiques repérés par un œil qui n’a ni à
promouvoir son actualité, ni à polir sa notoriété, et dont l’intervention ne
légitimera l’image d’aucune institution. Il se réservera le droit de faire un choix tissé
d’indigences, de scandales visuels, de vrais drames pour la création
photographique ; autant de verrues qui ça et là, ne manqueront pas de saillir entre
les travées A et E. Une sélection abominable à rassembler dans un livre doré
sur tranche, si un éditeur kamikaze en acceptait toutefois la publication. On
sort, paraît-il, grandi de ses échecs ; on peut bien apprendre des mauvaises
photographies. Et justifier sa réticence peut s'avérer un exercice délicat.