vendredi 8 novembre 2013
Viral
Un jour, peut-être, des humains dans des bureaux se rangeront à cette idée : les rongeurs du métro sont d'efficaces moyens de communication. Car on les regarde, eux, longer les rails, s'aventurer sur les quais. On les scrute. Obligés de s'avouer que nous partageons le même territoire. Sur leur pelage, pourquoi ne pas faire apparaître un petit logo ? Une mignonne virgule ? Une coquette arche jaune ? Cette suggestion me vient, alors que j'emprunte le réseau ratp pour éviter la pluie. Et je remarque de moins en moins de réclames pour des leçons d'anglais, des cours privés ou des expositions à caractère pédagogiques sur les parois des vieilles rames. Les vitrines sont vides, mais pas exactement vides. Comme décorées d'un papier vert*. Un motif qui rappelle celui d'une papeterie trop cher ou d'une marque de chaussures trop chères. Trop élégant pour être vraiment anodin. Je me questionne et trouve la réponse à cette énigme visuelle ici. Pour éviter les panneaux désertés par la pub ou décrédibilisés par de vieilles annonces, un studio de design graphique a imaginé cette occupation de l'espace média délaissé. Dans toute la France, en gares, on retrouve cette identité muette sans vraiment la reconnaître, en lieu et place d'un ancien aplat monochrome vert ou bleu, dont la rudesse ne pouvait pas être un geste, avoir valeur d'intention. Cet objet vert non identifié est baptisé Floating. Il circule, flotte ça et là. Dans l'air. Sans qu'on le voit. Ça m'fout la trouille que mon regard soit sur écoute. Ne peut-on pas laisser l'absence d'intervention s'épanouir comme une bonne vieille mauvaise herbe ? De cette volonté de contrôle créative, qu'en pensent les souris ?
* Pour mieux voir de quoi ça parle :
* Pour mieux voir de quoi ça parle :
(mauvaise photo réalisée par mes soins)
(photo issue du site des Graphiquants)
mercredi 6 novembre 2013
On peut écrire en mangeant, en appréciant le paysage depuis la fenêtre d'un train, en écoutant de la musique, en regardant au loin un autre écran que celui où les lettres apparaissent et s'agglutinent, formant des mots qui ressembleront à la fin à des petits moucherons stupides qu'on chassera de la main. Mais il faudrait peut-être imaginer une écriture plus entravée. Loin du bureau, du chat, de la prometteuse lumière du matin. Pour constater ce que cela produit. J'y pense. La main droite attachée ou levée. L'assise sur un support mou, mais mou d'une façon difficile à imaginer. La bouche occupée par un élément qui ne pourrait l'accueillir complètement : un filet mignon cru, la moitié d'un fromage à page molle, une peau de chamois, une peluche d'enfant. Ou bien demander l'intervention d'un tiers. Quelqu'un de bien, de confiance, d'irréprochable même, à qui l'on aurait ordonné de nous souffler dans l'oreille toutes les dix secondes. L'effort exigé ailleurs, convoqué autrement, la concentration sur des enjeux externes, bien loin de la page, de la phrase, de la formation du sens. Je demande à voir.
lundi 4 novembre 2013
You have two shoes
You have to choose
Depuis la route, circulant à vélo, je regarde souvent, distraitement, en passant, les propositions du fleuriste qui égaient le trottoir. Mais là, devant les pots et les bouquets, c'est une femme, la soixantaine, qui emplit mon champ. Elle porte deux chaussures différentes. Un pied dans une toile couleur coquelicot et l'autre dans un cuir bleu marine. Elle trotte, un cabas sous le bras, comme indifférente à cette réalité dépareillée qui la relie pourtant à la terre ferme. Alors que je ne vois que ça. Un pied dans la tombe, l'autre dans le plat.
jeudi 31 octobre 2013
On se creuse trop la tête, avec un bon burin, et du sang qui jaillit, pour trouver le costume ad hoc en cette soirée d'avant les morts, alors que tout est là, devant soi ! Il suffit d'un morceau de tissu, un voile, n'importe quoi, un bout de drap, une chute de dentelle, et d'une boîte, de la taille qu'on voudra, plutôt coffret que coffre, pour éviter le tour de reins à deux heures du matin, et voilà ! Déguisée en Pandore, mon objet sous le bras, je peux, à travers les rues, répandre la vieillesse, la maladie, la misère, la guerre, la famine, la folie, le vice, la tromperie, la passion. Il restera l'espoir, un peu lent, un peu gourd, qui aime s'attarder tout au fond de l'écrin. Je le garde pour moi. Ce vieux bonbon.
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